tindomerel

Chroniques d'une bulle

Lundi 29 octobre 2007 à 10:57





Et d'abord, moi, je suis une dure à cuire.


Tout à fait.

J'ai peur des araignées, des poissons, des perce-oreilles, des vampires, des loups-garous, des monstres de dessous le lit, du bruit que fait le Grudge, des gens qui font "Bouh", des musiques de Mike Oldfield, de nager sur le dos dans les piscines, des rideaux de douche tirés qu'on sait pas ce qui se cache derrière, des bouquins de Stephen King, de quand j'ai pas pied dans la mer, et du réveil qui fait tic-tac la nuit. Soit.

Mais j'ai pas peur de me prendre des pains dans la gueule. C'est déjà bien.

C'est pour ça que, depuis la rentrée, je me suis inscrite à la boxe.

La boxe anglaise, parce que la boxe française, ça utilise les pieds, et moi mes jambes elles sont trop courtes pour aller jusqu'au-dessus de la ceinture de quelqu'un. Alors j'ai pris boxe anglaise. La vraie, celle des films américains, avec des ralentis et des gens qui meurent comme le copain de la pétasse dans "Hartley coeurs à vif".

C'est super.

Certes, le prof n'est absolument pas pédagogue et nous livre à nous-mêmes sans corriger nos fautes, et du coup on fait les exercices un peu à l'arrache. Certes, on est quarante dans une toute petite salle avec les fenêtres qui s'ouvrent pas, certes on passe juste après le cours d'aérobic et ça fouette déjà la sueur de chacal avant même qu'on commence à s'échauffer. Certes, après une heure et demie passée à arroser mes fringues de sueur, on doit encore faire des séries de pompes et d'abdos à une vitesse fulgurante :

- Et vingt !
- .... Et trois pour Chacho.

Et après on reste allongés sur les tapis sales, avec les cheveux dans la poussière, la sueur qui pique le front et qui coule dans les oreilles, à avoir envie de hurler "Flinguez-moi tout de suite".

Mais, quand même, j'adore.

J'adore pas seulement mettre des coups aux gens (même si c'est super fun), mais la boxe, ce n'est pas que cela.

Ce n'est pas une histoire de gagner à tout prix, de mettre l'autre KO et de le bourrer de coups jusqu'à ce qu'il soit à moitié mort. Déjà, à mon stade, je n'affronte pas des adversaires, mais des coéquipiers. Ça veut pas dire qu'on se ménage, mais quand même.

Et puis, il y a du respect aussi.

Le respect des règles, le respect de l'art de donner les coups, parce qu'on n'a pas le droit de frapper n'importe comment et n'importe où. Le respect de l'autre, aussi, ne pas le prendre au dépourvu, respecter ses temps morts :

- Attends je dois refaire ma queue de cheval, j'ai des cheveux qui collent partout à mon visage.
- Ça tombe bien, mon lacet était en train de se défaire.

Et c'est aussi, et surtout : garder un gros sourire imbécile derrière le protège-dents pendant qu'on se met des pains dans la tronche.

J'ai cogné des filles maigres comme des clous mais avec des bombes nucléaires au bout des bras, des filles teigneuses, des filles gentilles, des mecs trois fois plus grands que moi qui osaient pas me frapper, des mecs qui bougeaient tout le temps et que j'arrivais pas à toucher, des gens suants, puants, des souriants, des déterminés. Et partout j'ai vu cette même envie de gagner.

Alors, au final, je m'en fous de perdre cinquante litres d'eau. Je m'en fous que mon ensemble de sport soit rose, que mon short soit trop court, que mes élastiques à cheveux me pètent entre les mains, que je me sente balourde, que j'aie l'air tellement ridicule avec mon protège-dents, que mes gants soient huit fois trop grands, et que je finisse la séance en puant comme si je m'étais roulée dans de l'urine de puma.

Parce que quand je suis face à un coéquipier, avec la sueur qui me pique les yeux, il n'y a plus rien d'autre qui compte. C'est plus une histoire d'analyse, de commentaire, de réflexion. C'est brut, c'est primaire, c'est animal d'un côté, mais sans basculer dans la loi du talion.

J'évite les coups, j'en donne, j'en prends, je vacille, je riposte, je grimace quand on me frappe trop fort. La fille m'assène un crochet à la tempe, le lui enfonce un direct dans le ventre, elle me frappe à la mâchoire. Je chancelle, je me reprends, elle attend, je secoue la tête et j'y retourne.

Et je finis l'exercice avec un grand sourire, en me frottant la tempe, et en bavant à travers le protège-dents :

- Ch'était chympa !

Publié par tindomerel

Dimanche 28 octobre 2007 à 16:51



Il y a mes cartes postales au mur et Mauricette qui ronronne dans un coin, le plancher qui est toujours chaud et le chat des voisins qui mange les souris qui vivent sous
mon mur, les pauvres.

Il y a mon voisin africain qui doit faire au moins deux mètres cinquante et qui vient toquer à ma porte à vingt-deux heures pour me demander du lait, alors que j'ai mon pyjama avec les souris violettes qui dorment sur des nuages, un T-Shirt Bob Marley, et "Bob l'Eponge" qui tourne sur l'ordinateur. Quelle classe.

Il y a les vacances qui m'emplissent de béatitude et le changement d'heure qui me fout la tête à l'envers.

Il y a mes dissertations que j'aurai jamais le temps de faire en une semaine, Oscar Wilde, Pouchkine, et un tsar qui disait non les autres cultures elles sont nulles on va faire une grande Russie qui va couvrir le monde entier mouhaha. Il y a les exercices de thème, les soixante-dix pages de cours de phonologie russe, et le locatif polonais, alias "mais si c'est facile c'est juste constitué uniquement à base d'exceptions, y'a qu'à apprendre tous les mots par coeur, c'est tout".

Il y a les cours d'anglais que ma mère me refile, dans sa tête elle voit déjà sa micro-société devenir une pas-tellement-micro-société. Atoutlangues&filles, c'est sûr, ça en jetterait plus que Atoutlangues tout court. Ma première élève me préfère déjà parce que je fais plus de prononciation, sauvez-moi, je ne veux pas finir prof.

Il y a mes amis qui on dirait ne veulent plus jamais rentrer à Colmar, et il y a moi qui paranoïse :

- De toute façon tu m'aimes plus tu m'as jamais aimé t'as toujours aimé que ton ordinateur je le sais bien, de toute manière je m'en fous j'ai pas besoin de toi, je vais même pas me suicider avec une enveloppe tellement j'en ai rien à foutre de toi, je ferai écraser mes araignées par mon voisin en échange du lait, on mettra en place un réseau de commerce équitable, et puis c'est tout.
- Oui mais en fait non, t'es juste parano.
- Bon peut-être un peu. Je le savais, t'es même pas capable de m'aimer comme je suis, même Bridget Jones elle a trouvé un mec qui l'aime pour ce qu'elle est, et elle est plus grosse que moi.

Charlotte, ou l'art des arguments en béton.

Et puis il y a ma grand-mère qui crée des fous rires en cascade en nous disant que notre cousin aurait pu trouver une meilleure copine, quand même, parce que celle-ci elle mange pas assez. Et il y a mon papy qui me raconte ses histoires de famille et qui aimerait bien qu'un jour, on écrive un livre ensemble. "La famille de papy à travers les âges", toute l'enfance de papy dans le pays Welche, à l'époque où les loups hurlaient au vent lorsque la bise glacée formait des congères au pied des sapins, et qu'on se lavait en brisant la glace de l'étang. Le livre, en fait, il fera une phrase :

- Ah faut dire qu'on avait pas la vie facile !

Il y a ma vie de vieux couple qui se vieux-couplise encore plus parce que ça fait un an et demi et que ouah ça paraît tellement long quand on a que dix-neuf ans.

Il y a aussi Europa-Park prévu pour le 31, moi qui vais arracher le bras de Flavien sur le Silverstar en hurlant "SORTEZ-MOI DE LA !!" alors qu'on sera encore que dans la montée, et qui vais ressortir toute blanche avec les genoux qui claquent en disant à Sarah :


- Pfouh c'est rien du tout en fait, je sais pas pourquoi ils en font toute une histoire.

Il y aura des cucurbitacées dans tous les coins, de la musique folklorique allemande comme d'habitude, le même morceau de techno pourrie dans Euro Mir qui tourne en boucle depuis dix ans, et cinquante euros la barquette de frites.

Il y aura Sarah qui voudra voir le défilé d'Halloween, et moi qui chantera toute la BO de l'Etrange Noël de Monsieur Jack parce que ça fait trois semaines que je l'ai en tête en permanence. Il y aura la cousine de Sarah que j'ai vu que trois fois mais j'arrive quand même à la reconnaître quand elle passe dans la rue. Les attractions aquatiques seront fermées mais on pourra quand même aller faire du toboggan dans l'aire de jeux réservée aux moins d'un mètre quarante.

Il fera froid sans doute et moche peut-être.

Mais ça va être génial.

Bonnes vacances à tous.

Publié par tindomerel

Vendredi 19 octobre 2007 à 17:40




- Bonjour, ici la grève.

- Oui c'était pour dire que les grèves j'aime pas ça, parce que c'est pas gentil pour les gens qui veulent profiter des gentils transports en commun mis à la disposition pour une modique somme par notre gentil État.
- Je prends en note.
- Ça veut dire que vous allez m'écouter ?
- Non c'était juste une manière polie de dire allez vous faire foutre, en fait.

C'est sûr que comme ça c'est plus compréhensible.

Ça, c'était l'introduction. Pour introduire le fait que j'ai galéré pour rentrer chez moi ce week-end.

Mais tu t'en fous m'ont dit mes amis décadents, reste ici à Strasbourg, fais la fête avec nous, quel meilleur prétexte qu'une grève pour échapper à la corvée parents du week-end ?

Seulement voilà, j'ai l'esprit de famille moi. Je suis honnête, sincère, et profondément intègre.

Et surtout j'avais oublié mon lecteur MP3 à Colmar, et j'avais mon rendez-vous avec l'auto-école, et Mauricette mon nouvel ordinateur portable, amour de ma vie, qui m'attendait sagement dans ses trois cartons.

- Et c'est quoi ton ordi ?
- C'est un Dell ! (fière)
- Oui bon d'accord, mais c'est un quoi ?
- C'est un gris ! (très fière)

Ça, c'était le mode d'emploi pour se rendre ridicule auprès des geeks.

Donc pour rentrer à Colmar j'ai dû faire Robertsau-gare en quinze minutes, garer mon vélo dans un parking surveillé que je sais toujours pas s'il est payant ou pas, en tout cas moi j'ai rien payé, et prendre un train qui se rendait dans une obscure ville suisse :

- Vous avez pris place à bord du train intercontinental à direction d'Oberflurgl. Il desservira les gares d'Olgarnurgk, Obergargl, Bâle, et Mulhouse. Et aussi Colmar, mais on voulait le dire que quand vous étiez déjà à moitié sortie du train.

J'ai passé trente-cinq minutes assise par terre dans le tout petit couloir près des compartiments, à lire "Guerre et Paix" dans l'espoir fou que j'arriverai à terminer le tome 1 avant 2012.

Et puis j'ai filé directement à l'auto-école.

- Donc Charlotte je ne vais pas te mentir, tu es assez grande pour que je te dise la vérité : c'était nul.
- Alors là tu m'as jamais vu rouler avec ma mère, parce que d'habitude c'est bien pi...
- Hein ?
- Non rien en fait.

Oui parce qu'en fait, je suis pas si tout le monde est au courant, mais je suis un danger public.

- T'es pressée pour passer le permis ?
- Ben, pas vraiment, mais ça m'arrangerait quand même de le passer en janvier...
- Ok, super, alors tu bosses à fond les priorités, les angles morts, les placements dans les ronds-points, le rétro intérieur, et tu prends au moins 10 heures de conduite avant l'examen, et avec un peu de chance tu seras au point.
- Et le cadavre de piéton, j'en fais quoi ?
- Celui-là on va le cacher dans les buissons.

En fait j'aurais dû naître au temps des calèches, je suis sûre que tout aurait été beaucoup plus simple.

- Charlotte, bordel, vérifie ton angle mort avant de prendre l'intersection ! J'ai rien dit pour les deux premiers gamins piétinés par les chevaux, mais là ça commence à faire salissant.

Encore que j'ai des doutes.

En fait, je crois que je vais procéder comme ça : je vais bosser comme une folle pour avoir le permis en janvier, comme ça ce sera fait. Et ensuite je ne roulerai plus jamais ailleurs que sur l'autoroute, comme ça je suis sûre de n'écraser aucun piéton. Et pour les déplacements quotidiens, j'utiliserai les moyens de transports quand ils ne font pas grève, ou mon vélo, ou mon Flavien.

- Alors là je suis pas d'accord, je suis pas ton homme-objet.
- ...
- Bon d'accord j'ai rien dit.

Et puis tout le monde sera content.

Sauf peut-être mon vélo et mon Flavien.

Mais faut bien qu'ils se sacrifient.

C'est le sort de l'humanité qui est en jeu, quand même.

Publié par tindomerel

Samedi 13 octobre 2007 à 17:47




Ce que j'aime cette ville.


A en oublier le brouillard, la pluie, le froid, et même l'accent Bas-Rhinois.

A en oublier mon buisson qu'ils m'ont coupé et qui dévoile ma fenêtre aux yeux de toute la rue et il ne repoussera qu'au printemps et c'est trop injuste.

A en oublier mon néon cassé qui me fait faire ma cuisine dans le noir, mon vélo qui a perdu une vis que je ne sais pas où ils peuvent me réparer ça, et l'ampoule trop grande qui rentre pas dans ma lampe à bulles.

A en oublier les voitures qui roulent n'importe comment et les rues glauques du soir près du canal à prostituées qui me font faire tout un détour par le contre-ville, parce que j'ai toujours cette peur indicible qu'un dealer/maquereau/tueur à gages/psychopathe/politicien véreux/terroriste/communiste/pédophile/islamiste/Front National (oui, tout en un, c'est possible) ne me kidnappe et ne vende mes reins au marché noir pour sauver d'autres dealers/maquereaux/tueurs à gages/psychopathes/politiciens véreux/terroristes/communistes/pédophiles/islamistes/Front Nationaux.

A en oublier les étudiants bourrés en permanence, et les filles de LLCE qui sont connes à me donner envie de tordre leurs cous de dindes quand je suis en cours avec elles, et les racaillo-pouffes qui hurlent dans le tram, et les pouffes tout court qui se baladent par dix degrés avec des jupes très courtes elles aussi.

Parce que cette ville, je l'aime.

J'aime n'être plus obligée de prendre le tram et pouvoir conduire mon vélo partout, tout le temps, dans les petites impasses et les grandes avenues, dans les parcs et le long des quais. J'aime découvrir de nouveaux chemins.

J'aime l'odeur froide du matin et la vapeur qui s'échappe de ma bouche, le brouillard qui s'accroche à ma fenêtre avec ses longs doigts maigres, et l'odeur de feuilles mortes mouillées qui me rappelle Kaysersberg.

J'aime habiter à la Roberstau, parce que c'est loin du centre et que j'ai la rivière et la forêt. Et quand je regarde la vue de ma fenêtre, mon buisson mutilé et la jolie allée herbeuse avec des sapins tout le long, et que je vois la fine couche crissante de gel qui se dépose sur l'herbe, le matin, je me sens à la maison.

J'aime faire le trajet de la fac à la maison. Le matin, éviter les diplomates en costume qui malgré leur Bac + un million n'arrivent toujours pas à comprendre qu'on ne marche pas sur une piste cyclable. Compter les voitures avec des plaques diplomatiques, si c'est un nombre impair, ce sera une bonne journée. Essayer de reconnaître les drapeaux de toutes les ambassades, mais je crois que je ne suis pas très douée à ce jeu, parce que sinon ça voudrait dire qu'on a six ambassades de Hollande et au moins huit mille ambassades de Serbie.

J'aime passer à côté du Consulat de Russie et me dire qu'en mai, je devrai retourner faire mon visa pour Saint-Pétersbourg, ou, pourquoi pas, Omsk. Les autres étudiants ont eu des rats l'an dernier, ça pourrait être sympa. J'aime le trajet de retour, passer devant la fac d'histoire, slalomer entre les voitures arrêtées au feu rouge. Les trams glissent silencieusement sur leurs rails comme de grosses chenilles vertes. J'aime voir le reflet du Parlement, la nuit, scintiller dans l'eau de la rivière.

J'aime sortir de cours en frissonnant, et me dire que je pourrai être chez moi, au chaud, dans quinze minutes à peine. Finis les halls de gare pleins de courants d'air, finis les trains tôt le matin et tard le soir, finis les affaires entassées dans le sac, le même paysage de champs gelés défilant à toute vitesse sous mes yeux, tous les jours.

Finis, l'oppression des gens. Ceux de la gare ceux du train ceux de la rue ceux du tram ceux de la fac et de nouveau ceux du tram et ceux de la gare et encore et toujours des gens différents et le même air morose sur tous les visages. Finies les filles en cours qui étaient seulement des filles en cours. Maintenant, c'est mes copines de cours, ou mes copines de la boxe.

J'aime voir les feuilles des buissons grimpants qui bordent la forêt devenir d'un rouge de feu, et pédaler dans les feuilles mortes craquantes.

J'aime les soirées en semaine, une soirée Moscou avec comparaison de photos, une soirée fondue au chocolat chez Nono, et bon dieu ça faisait des mois que j'avais pas ri comme ça.

Et maintenant, quand je me lève le matin, dans mon petit studio de hobbite, je me sens bien. Je me sens heureuse.

Strasbourg.

C'est toi qui m'as guérie.

Publié par tindomerel

Samedi 6 octobre 2007 à 22:05





Chez moi, c'est comme une maison de Hobbit.


C'est Flavien qui a dit ça en premier. Il est venu chez moi en mission commando écrasage d'araignées dans le placard, et il en profité pour lancer son futur livre.

- Ca s'appellera "la vie des hobbits"
- Et ça servira à quoi ?
- A me faire la main pour mes futures publications scientifiques. Et aussi à faire plus de fric que si je publiais "la vie des méduses".
- C'est sûr.
- Pourtant c'est super intéressant une méduse.
- La vie est moche, que veux-tu.

Du coup dès que je faisais quelque chose, il répondait par une phrase scientifique.

- Tu peux t'enlever de cette chaise ? J'en ai besoin.
- Le hobbit ne parvient pas à atteindre les étagères du haut des placards et doit grimper sur des chaises pour parvenir à son but.

C'était très drôle. Pendant au moins trois secondes et un dixième.

- Je te laisse le grand drap de bain, si tu veux, moi j'utiliserai la petite serviette.
- Les hobbits peuvent se sécher avec des essuie-mains, ça ne leur pose aucun problème.

Et après on s'étonne que je m'énerve :

- Oh mais tu fais chier à la fin !
- Attention cependant, car le hobbit est rancunier.

Et puis après que monsieur "je critique tout ce qui bouge mais j'écrase les monstres des placards et c'est quand même bien pratique" soit parti, ce fut au tour de Sarah et Caro :

- On dirait trop une maison de hobbit chez toi ! Avec le truc, là, et le machin ! Eh Caro tu trouves pas que c'est vachement comme chez un hobbit chez Chacho ?
- Ouais trop, avec le truc là, qui fait comme un bidule !

Donc en gros, personne n'a su vraiment m'expliquer ce qui faisait cette impression.

Mais je crois que moi, j'ai compris.

C'est peut-être le fait que tout soit tout petit. Un petit canapé bleu, une petite table de cuisine, un évier minuscule, deux petites plaques de cuisson, une toute petite baignoire (pour si je veux prendre des tout petits bains), un petit lit qui aurait vraiment besoin d'une nouvelle housse de couette, et des chaises basses.

C'est peut-être le fait que tout ait l'air confortable, sous la lumière chaude de la lampe halogène. C'est peut-être qu'on sent le bien-être qui s'en échappe, qui s'est emmagasiné entre mes petits murs, pendant des matinées en pyjama passées à danser devant mon bol de museli et les soirées bien au chaud dans ma chemise de bûcheron, à lire Oscar Wilde avec mes pieds sous la couette. C'est peut-être la musique qui tourne toujours en fond sonore, Jack Johnson le matin, Ten Years After l'après-midi, Pink Floyd le soir, et Israel Kamakawiwo'ole (à tes souhaits) juste avant de dormir.

C'est peut-être mon unique fenêtre qui prend toute la longueur de la pièce et qui donne sur une allée bordée de sapins, avec de l'herbe haute, des fleurs tardives, et un grand buisson qui masque presque toute la moitié droite de la vitre.

C'est peut-être que, quand je suis chez moi, je n'ai plus envie d'aller nulle part ailleurs.

Et je mange cinq repas par jour, et j'ai des poils sur les orteils.

Une vraie hobbite.

Publié par tindomerel

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