
Bonjour les gens, acclamez-moi, je suis de retour.
Je vois qu'il y en a plein qui m'ont raconté leur vie, ça fait plaisir.
Je vois aussi qu'il y en a plein qui galèrent sur Délice Amer, ça fait encore plus plaisir. Arrêtez de squatter l'espace commentaires, j'ai fait une fenêtre sur le forum pour qu'on puisse s'échanger les informations plus facilement, et surtout pour qu'on évite de divulguer des réponses à des gens qui étaient niveau 1 et qui avaient rien demandé à personne (j'ai pas encore reçu de plaintes mais vaut mieux pas prendre de risques).
En tant que boss niveau 11 (danse de la victoire sur moi) je veux bien dans mon immense miséricorde répondre à vos appels à l'aide, pauvres cloportes rampants dans la fange du niveau 6 ou 9. Mouhaha. (Sophie, je pense à toi par exemple, c'est vrai qu'elle est balèze celle avec la prison, mais ne crains rien, nous mettons en place une cellule de crise)
Et puis sinon le ski c'était bien, j'étais à Chamonix, une station de riches, avec des hôtels à mille euros la nuit (ça existe !) et des piscines chauffées qui étaient bizarrement situées dehors alors que dehors il faisait - 15, je sais maintenant d'où vient l'épuisement des ressources énergétiques de la planète.
Moi j'étais dans un hôtel normal pour Chamonix, c'est à dire juste un petit peu classe. Avec un saladier de petits bonbons mous à l'accueil et un billard cassé, avec un petit déjeuner/buffet et plein de museli avec des raisins secs, et une chambre normale et surchauffée alors que les radiateurs étaient même pas en marche.
Le temps était radieux, on a vraiment eu de la chance, pendant trois jours c'était grand soleil et compagnie.
Par contre le dernier jour y'avait une once de nuages, et plus personne sur les pistes. C'est là que j'ai compris que c'était vraiment une station de riches. Genre il fait plus super beau, hop les gens ils restent chez eux. Ils gâchent un jour entier de ski juste parce qu'ils pourront pas bronzer à la terrasse, au prix où est le forfait c'est du suicide croyez-moi.
Je me disais aussi que c'était bizarre de voir des gens avec des combinaisons Dior et des skis Christian Lacroix (ça existe !) ça change de comment on skie chez moi.
Moi, j'ai des skis d'occasion offerts par mon papa à Noël (mais c'est des anciens skis de compétition super slalom, la se-cla) et des bâtons juste un peu trop petits. J'ai un sous-pull, un collant et des chaussures de ski qui appartenaient à ma maman avant qu'elle se fasse mal au genou, c'est à dire il y a plus de vingt ans quand même. Et mon pantalon et ma veste, je les ai héritées de ma soeur, à qui on les a achetés il y a dix ans, quand elle a commencé à faire du snowboard. La seule chose récent c'est ma super polaire Décathlon achetée en solde à neuf euros quatre-vingt dix-neuf.
Donc bien sûr, au milieu des Chanel et autre Prada, je pouvais pas frimer avec grand-chose, à part peut-être mon sens des économies. J'avais juste mes super lunettes de soleil qui font aussi vue (un gadget digne de James Bond) et un bonnet Quicksilver très joli que j'ai trouvé en-dessous d'un télésiège et que j'ai mis sans même le laver préalablement (et là logiquement c'est le moment où ma soeur fait un arrêt cardiaque).
Mais il y avait une chose qui réussissait à battre mon énervement quand j'entendais les gens de la cabine discuter en disant : "Ouiii, tu vouââââs, ils sont devenus très middle-clââââss" (ça existe !)
Il y avait les beaux anglais.
Sonnez trompettes, résonnez tambours.
Oui, je sais, je suis déjà avec un blond scientifique aux chaussures de néo-nazi. Oui, je sais, répandre des litres de bave sur mon passage pendant quatre jours, c'est mal.
Mais bon, vous savez pas à quoi je ressemblais, moi, pendant ces vacances. Évidemment, en temps normal, vous m'imaginez super canon (et vous avez bien raison). Mais il y a une petite chose que j'ai omise en passant en revue mon équipement.
La veste, c'est une fille de Satan. Mes parents l'ont acheté pour ma soeur quand elle avait quatorze ans. Vous savez ce que c'est d'avoir quatorze ans ? Logiquement, on a pas encore fini de grandir. Donc les parents, prévoyants, on pris deux tailles au-dessus. Seulement ma soeur, elle avait déjà fini de grandir. Et moi, j'avais fini même avant elle.
Donc quand je suis dans la veste, objet de ma haine éternelle, on voit vaguement ma tête qui dépasse. Et c'est tout. Mes jolies mains sont à jamais voilées par les manches implacables, et mes non moins jolies fesses sont condamnées à être noyées dans une apparence pour le moins sacquesque (ça existe pas !).
Alors voilà, j'ai une excuse, j'avais une impossibilité totale de draguer quoi que ce soit, même un ours aurait pas voulu de moi, alors un bel anglais, vous imaginez bien.
Donc je rattrapais en me concentrant sur le voyeurisme, et accessoirement sur le ski. Parce que quand même c'est pour ça que j'étais là. J'ai quand même fait du ski sur un glacier, excusez du peu, et dans dix ans il aura complètement fondu, alors c'est encore mieux, on est la dernière génération qui se souviendra du temps où il y avait des glaciers dans les Alpes, alors autant en profiter parce que putain, c'est beau.
Et à part ça, j'ai skié sur du verglas la moitié du temps, mais je suis tombée qu'une seule fois, et en plus c'était même pas à cause du verglas mais parce que j'ai bravement et consciemment décidé d'aller me planter au fin fond d'une congère pour éviter de faucher un troll.
C'est le plus gros problème avec la pratique du ski. Plus que le vent, plus que la neige, plus que la lumière blanche qui empêche de voir le relief de la piste, plus que les choses qu'on perd du télésiège, plus que les sapins dans lesquels on va s'encastrer, plus que les tremplins mal amortis, plus que les crevasses traîtres : les autres gens.
Déjà les trolls, parce qu'ils apprennent encore. Et forcément, ça comprend sa part de virages impromptus ou de "je freine juste devant ta gueule". Mais eux encore, je comprends, c'est des trolls, ils sont tout petits, ils connaissent pas encore bien le monde extérieur, les autres gens, tout ça. Non, les vrais coupables, messieurs les jurés, ce sont eux :

Ces gens qui depuis le début de leur existence sont crédités de "cool" et ça leur est tellement monté à la tête qu'ils sont devenus "insupportables" : oui, mes amis, mes frères, ce fléau, c'est le snowboardeur. Eux, en fait, ils se comportent exactement de la même manière que les trolls, sauf qu'ils savent très bien qu'il y a d'autres gens sur la piste, et qu'ils le font exprès pour t'emmerder. Mort au snowboardeurs, mes frères (et j'orthographie mal leur nom exprès) débarrassons-nous de cette vermine des pistes.
Du moins, c'est ce que je pensais, jusqu'à cet hiver.
Cet hiver, j'ai découvert une nouvelle sorte de fléau, bien plus sournoise et bien plus mesquine que l'ancienne querelle. Une nouvelle espèce mutante, qui se glisse dans les rangs des skieurs comme des snowboarders, une race à abattre : les tecktoniques. Ça y est, le pire s'est accompli, l'indicible est arrivé : ils sont désormais partout. Et ils se caractérisent notamment par une obsession à vouloir sauter en l'air en faisant des figures au beau milieu de la piste, ou encore à s'asseoir toujours juste derrière une bosse, comme ça on est bien sûr de pas les voir quand on débarque très vite.
Je propose une trêve temporaire entre ski et snow, le temps qu'on les assomme tous à coups de planche de surf ou qu'on les fasse trébucher avec nos bâtons. Qui est avec moi ?
Sur, ce, les enfants, j'ai des dossiers de candidature à remplir, alors je vais vous laisser non sans une dernière anecdote afin de remplir la dose de rêve dont vous avez besoin dans votre petite vie morne.
D'abord il fallait que je fasse pipi (non ce n'est pas ce passage qui fait rêver, ou alors vous êtes très bizarres). Donc j'avais laissé mon père, mon parrain et mon cousin très con faire une piste sans moi, et après la traditionnelle mise à poil dans les toilettes des madames (c'est fou ce que ça caille, des toilettes, quand on est juste en soutien-gorge) je suis allée les attendre en bas du télésiège.
Donc je regardais le très joli paysage sans rien demander à personne, quand soudain, le miracle s'est produit, sous la forme d'un "Excuse me ?"
Je me retourne, et là, sonnez trompettes, j'avais devant moi le plus bel anglais de tous les anglais. Et ça fait déjà beaucoup de beauté pour une seule personne.
Je le regarde donc bouche bée, il me regarde avec des yeux verts comme une forêt en été, et il me dit "Do you speak english ?". Alors là évidemment je vous raconte pas le bonheur, sauf que j'ai juste pu articuler un truc qu'il a compris comme "Yeah" et qui dans ma tête sonnait plutôt comme "Epouse-moi".
Il m'a demandé le chemin pour redescendre au village, je lui ai allègrement indiqué :
- You take the télésiège and you go down the piste rouge near the restaurant d'altitude.
Et là, il m'a fait "Thank you" avec un sourire à faire fondre tout le glacier d'un seul coup, et j'ai croassé un truc qu'il a compris comme "No problem" et qui dans ma tête sonnait plutôt comme "Prends-moi dans la neige".
La folle passion à Chamonix. Je devrais en faire un livre.







